Publié le 10 novembre 2019

Étonnement minimum : pourquoi réinventer la roue ?

Nous n’aimons pas le changement. Le changement perturbe, questionne, étonne, gêne. Respecter les habitudes des utilisateurs, c’est leur permettre de se concentrer sur ce que votre produit ou votre site apporte de particulier.

Pour le dire en une phrase : ne pas réinventer la roue.

Sur un site web, nous avons l’habitude des comportements standards :

  • Un texte est souligné (ou facilement repérable dans un paragraphe) est un lien hypertexte ;
  • Le logo de l’en-tête est cliquable et mène vers l’accueil ;
  • On peut ouvrir un lien dans un nouvel onglet (seulement si on le souhaite : pas d’ouverture forcée à coup de target _blank) ;
  • Les liens sont rédigés de sorte à permettre au visiteur de savoir où cela va le mener ;
  • Le comportement du navigateur n’est pas altéré (clic droit interdit, copier/coller interdit, impossibilité de zoomer…) ;
  • La touche tabulation permet de circuler entre les liens au clavier dans le bon ordre ;
  • On peut soumettre un formulaire en faisant « entrée » ;
  • Etc.

Ces comportements standards sont importants pour tous, mais prennent une autre dimension pour les personnes en situation de handicap, qui pourraient se retrouver incapable d’accéder à vos contenus ou d’utiliser le service.

Lors de la conception d’un produit ou d’un service, nous allons donc garder à l’esprit ces comportements standards et les considérer comme des fondations. On appelle cela le principe d’étonnement minimum ou principe de moindre surprise. On peut parfaitement rapprocher ce concept de celui de l’affordance (en ergonomie), qui décrit la capacité d’un objet à évoquer son utilisation. Par exemple, si sur une page web tel élément ressemble à un bouton, alors cela doit être un bouton et donc je peux cliquer dessus. Si cette chose métallique est fixée au milieu d’une porte de placard, alors c’est sans doute une poignée. Le cas des poignées décoratives des cuisines (des tiroirs sous l’évier ou la plaque de cuisson, vous savez ?) me fait toujours toujours sourire !

Cela dépasse bien entendu le fonctionnement normal de l’équipement et du navigateur. Il fait également partie de l’expérience de l’utilisateur via les contenus et des parcours de navigation.

Alors que je viens de télécharger la mise à jour de mon logiciel de photo préféré, l’éditeur juge utile de me diriger vers la page suivante m’expliquant comment démarrer ma période d’essai. Or, je possède une licence depuis longtemps. L’éditeur le sait car je suis connecté à mon compte. Pourquoi dans ce cas précis ne pas me proposer un tour d’horizon des nouvelles fonctionnalités ?

Parfois, ces étonnements sont mineurs et n’entraînent pas de conséquences dommageables. Cela relève plus d’un oubli lors du développement (ou d’un point qui n’a pas été considéré comme « à traiter »).

Exemple d’oubli (ou de flemme ?) : sur ce site, les liens de pagination sont inutilement présents car il n’y a qu’une seule page. Les liens sont cliquables mais n’engendrent aucune action. On pourrait dans ce cas les griser et désactiver le clic. Nous pourrions également indiquer le nombre total de page (comme « 1/1 ») pour confirmer sans ambiguïté qu’il n’y a rien de plus.

L’étonnement peut toutefois être un outil pertinent sur un site expérimental ou artistique. Dans ce cas, la découverte, l’exploration et le non-respect des codes font partie de leur raison d’être.

J’ajoute enfin que cet étonnement peut s’inscrire dans un usage « dark patterns », ces pratiques de conception piégeuses qui consistent par exemple à faire passer une publicité pour un bouton de navigation. Je vous conseille l’excellent compte Twitter @DarkPatterns, très inspirant dans le pire !

Partagez, diffusez !
Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn

Thème : ,

Nicolas Duvivier

UX/UI designer,
Directeur artistique